Commentaires sur les chiffres (OVF) relatifs aux morsures canines (CH)

Commentaires sur les chiffres relatifs aux annonces d’accidents
par morsure en 2007 publiés par l’OVF

L’Office vétérinaire fédéral vient de publier les chiffres des annonces cantonales de morsures de chiens pour l’année 2007. Il dresse un palmarès de types de chiens mordeurs selon une liste de races préétablie. Pourtant, les experts restent sur leur position : chaque
chien peut être dangereux ; aucune étude à ce jour n’a montré qu’une race de chien a un
potentiel d’agression plus important qu’une autre. Ceci semble être en contradiction avec la
publication de l’OVF : comment est-ce possible ?

1. La liste utilisée pour le palmarès des chiens mordeurs n’est pas la liste du Conseil
d’Etat du canton de Fribourg, contrairement à ce qu’écrit l’OVF. En effet les chiens de
type pitbull sont interdits dans le canton de Fribourg et parmi les chiens de race
soumis à autorisation dans ce canton, le Cane Corso n’est pas mentionné par l’OVF.
Comment la liste de l’OVF a-t-elle vu le jour, et pourquoi avoir précisément choisi ces
races ? Pourquoi prendre comme exemple le canton de Fribourg alors que d’autres
cantons ont d’autres listes de races (Valais, Genève, Bâle Ville, Vaud) ?

2. Le détail des annonces par canton n’étant pas communiqué, il n’est pas possible de
vérifier les chiffres publiés par l’OVF.

3. Selon le communiqué de presse, l’OVF affirme que l’American Pitbull Terrier est le
chien le plus mordeur en Suisse (humains et animaux confondus, ce qui n’est
mentionné que plus bas dans ledit communiqué). Dans la publication, le « Pitbull » a
été subdivisé en American Pit Bull Terrier et en Pit Bull Terrier. Les chiffres indiqués
pour l’American Pit Bull Terrier, à savoir 5 morsures sur humains, correspondent de
fait et par rapport aux 2678 cas annoncés, à moins de 0,2% des morsures
annoncées. Ce chiffre de 5 morsures sur humains de l’American Pit Bull Terrier
additionné au chiffre indiqué pour le Pit Bull Terrier, à savoir 18, donne 18+5 = 23
morsures sur humains dues au « Pitbull », ce qui représente moins de 1% des
morsures annoncées. 2655 morsures annoncées, soit plus de 99% des cas, sont
dues à d’autres chiens que le Pitbull.

4. Selon le communiqué de presse, l’OVF affirme que pour 100 Bergers allemands, on
compte 2 morsures. Ceci représente un taux 2.2 fois supérieur à la moyenne qui est
publiée à 0.9 morsure pour 100 chiens. Toutefois l’OVF affirme, lorsqu’on lui
demande les statistiques pour les autres races, qu’aucune statistique par race n’a été
effectuée, mis à part pour les races de la liste mentionnée au point 2. Comment
l’OVF a-t-il donc obtenu les chiffres sur le Berger allemand ?

5. L’OVF prétend que ces chiffres de morsures de chiens sont les premiers publiés en
fonction des types de chiens à l’échelle suisse. Pourtant, une étude scientifique a été
publiée en 2002, qui n’a malheureusement pas les mêmes résultats que ceux de
l’OVF aujourd’hui. D’autres chiffres concernant les annonces en 2006 ont été publiés
en 2007 à l’échelle suisse, qui ne mettaient pas en évidence les mêmes faits.

6. La source de l’OVF en ce qui concerne le nombre de chiens par types en Suisse est
la banque de données ANIS. Toutefois, les chiffres de la banque de données ANIS
ne sont pas encore fiables ; par exemple, des chiens morts y figurent encore, et des
chiens tatoués et pucés y figurent à deux reprises. De plus, tous les chiens ne sont
pas annoncés à ANIS.

7. La détermination des races ou des types de chiens sur lesquels se base l’OVF pour
affirmer que certains types de chiens mordent plus que d’autres n’est pas fiable : en
effet, ce sont les personnes mordues (les victimes) qui indiquent la race du chien au
médecin qui remplit le formulaire.

8. L’OVF compare le nombre de chiens mordeurs d’un certain type (indiqués par les
victimes) au nombre de chien du même type dans la base de données ANIS. Or,
dans la base de données ANIS, ce sont les propriétaires qui déterminent la race du
chien. Toutefois, il n’est actuellement pas possible de confirmer ou d’infirmer
l’appartenance d’un chien à telle ou telle race. Les données concernant le nombre de
chiens appartenant à un type déterminé dans la base de données ANIS ne sont donc
pas fiables.

9. L’OVF n’émet aucune réserve sur les chiffres qu’il avance. Toutefois, une étude
scientifique publiée en 2002 a démontré que :
- Environ 70% des chiens suisses sont des chiens sans certificat
d’ascendance; il est donc impossible de connaître leur race ou leur
croisement. Tout au plus peut-on décrire leur aspect (phénotype, taille).
- Les chiens « listés » sont dénoncés/annoncés 5x plus souvent que les
chiens non listés.
- Le nombre de morsures sur humains en Suisse est d’environ 13'000 (soit
182 par 100'000 habitants). Ces chiffres sont confirmés par toute la
littérature sur le sujet. Or la publication de l’OVF parle de 2678 morsures ;
elle mentionne également que toutes les morsures ne sont pas déclarées.

En effet, il en manque environ 10'322, donc le 80% !
Il est intéressant de se poser la question du pourquoi l’OVF agit de la sorte. Plusieurs
hypothèses peuvent être envisagées :

1. Une nouvelle législation se prépare, qui est vraisemblablement basée sur une liste de
races. L’OVF fournit les arguments à cette nouvelle législation, sans contrôler les
chiffres et sans réfléchir aux conséquences. Ceci expliquerait les termes du « blog » :
« Reste à examiner si ces mesures (cours obligatoires prévus) sont cependant
suffisantes pour ces chiens plus exigeants mentionnés plus haut (Rottweiler,
Doberman et Pitbull) ». A quand un régime d’autorisation ?

2. L’OVF n’a pas relu attentivement sa copie et a publié des chiffres sans émettre les
précautions d’usage (conformément à l’étude effectuée en 2001 et publiée en 2002,
on suppose notamment qu’environ 13’000 morsures sur humains seraient à
comptabiliser par année). Il eut été judicieux de relever les biais de cette statistique.

3. L’OVF a un parti pris. Seuls les chiffres relatifs aux humains sont significatifs en
termes de sécurité publique. Pourquoi les accidents par morsure sur les humains et
les accidents par morsure sur des animaux sont-ils donc additionnés et présentés
ensemble. C’est un moyen très efficace de faire augmenter le chiffre des agressions
pour certains types de chiens. Cette hypothèse expliquerait pourquoi l’OVF n’est pas
transparent par rapport aux chiffres des différents cantons.

Quelle que soit l’hypothèse retenue, un manque de démarche scientifique est évident. Il est
malvenu, alors que des milliers de propriétaires de chiens souffrent de lois de plus en plus
répressives, en particulier en Suisse romande, de jeter de l’huile sur le feu sans précaution.
De telles publications desservent la cause du chien, quelle que soit sa race ou son type.